20101005BLOPOS_FR La motivation durable — blog — Hubert CAMPAN
La motivation est quelque chose que nous connaissons tous. Elle fluctue en fonction de nos envies, de notre état d’esprit du moment et parfois de la météo.
La motivation pour démarrer une action, est toujours plus forte que celle pour la continuer. Démarrer c’est partir à l’aventure, c’est commencer avec plein d’énergie, c’est obtenir le succès immédiat de commencer quelque chose. C’est aussi frétiller à l’idée qu’à la fin de l’aventure nous serons récompensés de notre effort.
Mais garder sa motivation est chose très difficile. Elle est difficile, car c’est une construction mentale neutre. Elle n’est plus touchée par l’excitation du départ, et pas encore par celle de l’arrivée.
Voulant savoir ce qui permet de maintenir une motivation pour aller jusqu’au bout de quelque chose, j’ai payé de ma personne. Je voulais ressentir ce que cela faisait de se retrouver projeté dans une action en devenir. Ni complètement commencée, ni complètement achevée.
Je me suis investi et ai participé ces deux derniers étés à des événements sportifs longue distance. Un premier comme accompagnateur et d’une certaine manière spectateur et un second comme participant et acteur.
Été 2009, j’ai pédalé du 9 au 19 août sur un parcours entre Paris et Marseille en tant qu’accompagnateur et coach d’un coureur d’ultra fond. Il devait parcourir la distance de 800 km, et ce, en 10 jours. Je devais tracter une remorque comprenant tous nos vivres et matériels de camping. Je suis donc parti en immersion totale.
Au-delà de la performance physique qui est remarquable, le coureur a eu pendant toute cette course une détermination que peu d’éléments pouvaient contraindre. Il a considéré la course comme un tube dont on ne ressort qu’à la fin.
Sa motivation pour une telle course prend ses fondements très profondément dans son intellect. Sa seule obsession était d’arriver, quelles qu’en soient les difficultés. Toute son attitude était tournée vers cet objectif, arriver.
Gérer une telle détermination est une action difficile et prenante. L’énergie que le coureur ne dépense pas dans son action sportive est utilisée pour rebondir constamment sur les parois de sa motivation. Cela génère un grand stress qui en même temps provoque un niveau de défi constant.
Telle une prison volontairement habitée, il s’enferme dans une dynamique circulaire, il tourne en rond dans sa dynamique pour en tirer toujours davantage de force. Cette motivation donne à son action de la valeur, mais aussi devient une véritable option de vie.
J’ai été très intéressé par son attitude, ses difficultés, ses doutes et sa manière particulière et personnelle de les gérer.
Été 2010, j’ai pédalé en VTT, 450 km avec 5200 mètres de dénivelé positif sur 7 étapes entre Paris et Oraison du 21 au 28 août. Cette fois-ci j’y étais comme participant. J’ai alors confronté ma motivation à son usure. Une fois le départ donné, il a fallu gérer pour arriver au bout.
N’ayant aucun doute sur le fait que j’y arriverais, sauf panne mécanique ou physique, je me suis attaché à comprendre comment fonctionnait mon corps pendant les étapes. Quel était l’impact de mes pensées, sur sa performance ? Ma vie faisant, j’ai l’habitude des défis, des difficultés qui vont avec l’aventure. Ce qui m’intéressait pendant ce parcours, c’était la durée. C’était les kilomètres avalés sans broncher, les côtes montées à en mourir, les descentes techniques et exaltantes.
Qu’est-ce qui fait que je n’ai pas arrêté en plein milieu malgré des difficultés physiques ? La réponse est simple. Il y a deux niveaux de motivation. La motivation d’impulsion, celle qui nous fait démarrer et espérer arriver au bout. Et il y a la motivation continue. Celle qui s’occupe de transformer tout geste, chaque coup de pédale, chaque foulée comme une réussite. Il y a donc une motivation générale pour l’action et une motivation particulière pour le geste ou l’unité d’action.
Ces deux motivations sont différentes dans leurs sources et leurs résultats. La motivation d’impulsion est cérébrale, cognitive, comprise, intelligente. La motivation continue est plus basique, enfantine et primale. Elle s’occupe du fonctionnement. Aussi, elle se nourrit de la force de la motivation d’impulsion. Car sans une motivation de départ très forte, la motivation continue ne sera pas de bonne qualité non plus.
Rapportés à ce qui m’occupe tous les jours, le bien-être et la performance des individus, ces deux niveaux de motivations font merveille. Une fois que le coaché a compris ses deux motivations alors il s’en sert et installe une synergie entre elles. Ce jeu conscient apporte beaucoup à sa performance.
En conclusion, la motivation est multiple. Il ne suffit pas de partir. Il faut construire son chemin pas à pas pour que le corps ne se perde pas. L’esprit doit s’occuper de chaque coup de pédale, de chaque foulée. Plus le projet est long, plus les deux rives du lancement et de la réalisation sont éloignées et plus il faut de constance pour traverser.
À méditer :
Qui sait endurer connaît la tranquillité — Zhang Xianliang