Manifestations: la culture du caprice et son pendant, l’action violente

“Je veux tout [et son contraire], tout de suite, sinon je casse/bloque tout !”

Dans le cadre de mon travail, j’aide mes compatriotes à atteindre leurs objectifs personnels et professionnels. Cela passe, entre autres, par être les plus efficaces possible dans leurs rapports à autrui. En voyant la manière extrêmement maladroite des différents mouvements sociaux actuels, cela génère chez moi un sentiment ambivalent: entre compréhension et morgue, mon coeur balance.

Cela fait maintenant quelques mois que des enfants gâtés 1 génèrent des troubles sociaux pesant sur l’état général du pays. Je mets dans le même sac les gilets jaunes, les grévistes et les casseurs. Les uns perturbent la circulation, les autres bloquent les transports et les derniers cassent tout ce qu’ils peuvent. Tous abîment la relation à autrui.

On a là des compatriotes qui ne supportent plus l’individualisme des “autres”, mais le dénoncent par un grand caprice collectif. Par cette action ils placent leur individualisme en avant, le tout dans le plus grand déni démocratique.

Pseudo philanthropie, le “Moi avant tout”.

Actuellement 2, dès qu’on interroge un contestataire sur le pourquoi de sa démarche, il aura deux réflexes: en premier, parler de sa personne (au lieu du collectif) en commençant invariablement par “Vous savez, moi je…”, puis en deuxième, dissimuler son individualisme dans le “Nous”.

Le premier réflexe, parler de soi démontre que le nombrilisme domine toute autre préoccupation.

Interrogé sur les raisons de son engagement, l’usurpateur parlera de son cas particulier et non de l’action collective qui apporterait tant au plus grand nombre. Cela a donné une réponse particulière et unique par manifestant.

— “Moi j’ai tel problème et je veux que Macron-le-président-des-riches réponde à ma difficulté et tout de suite.”

Les demandes sont déconnectées de toute réalité. D’une part elles sont plurielles et contradictoires et d’autre part irréalistes (financement, impacts macroéconomiques…). Si toute demande était si facile à combler, nous n’en serions pas là. Par contre il est très facile de répondre à une demande individuelle de manière inconséquente.

Le deuxième réflexe, essayer de faire croire que l’on agit pour le bien d’autrui, montre à quel point ces revendications ne tiennent pas.

Voilà ce que l’on entend comme justification:

— “Nous faisons ça pour vous, pour tous les Français, pour tout le monde, pour les générations futures, etc.”.

De plus, souvent est ajouté un appel à la compassion:

— “Vous croyez que l’on fait ça pour le plaisir ? Nous perdons de l’argent, de l’énergie à manifester pour tous les Français !”

Quelle escroquerie !

Collectif à représentation autoproclamée, actions totalitaires

Nous sommes des millions à n’avoir jamais donné mandat pour être représentés sur les sujets des tensions actuelles. Gilets jaunes, grévistes minoritaires, manifestants en tout genre, imposent un mode de revendication inadapté, puéril et avant tout, inefficace.

Ces gens demandent plus de démocratie et pourtant appliquent en complète contradiction la pire des méthodes: la coercition. Qu’un groupe de grévistes force quelqu’un à ne pas travailler alors qu’il ne fait pas grève est simplement tyrannique (sans parler de son illégalité). Obliger un automobiliste à s’arrêter et attendre le bon vouloir d’un groupe de gilets jaunes pour pouvoir repartir est un empêchement arbitraire de libre circulation propre aux mouvements totalitaires.

Ces personnes sont des charlatans de l’altruisme. Tout le monde se rend bien compte que c’est une attitude à géométrie variable en fonction d’un intérêt particulier. La preuve se fait jour lorsque les plaignants changent de direction dès que l’objectif premier est atteint ou rendu caduc. Gilets jaunes et autres grévistes à bout d’arguments finissent tous par dire : “oui, mais les riches…”. Ce sentiment s’appelle tout simplement l’envie.

L’envie source du caprice, péché puéril

Tout est donc réduit à une émotion, l’envie. Pas au sens d’avoir envie, mais d’envier l’autre. Nous, le peuple français, nous nous considérons quand ça nous arrange comme issus de culture chrétienne. Mais que dire alors du péché d’envie ?!
Plus prosaïquement, n’a-t-on pas mieux à faire que de tout le temps chercher ce que l’autre a que nous n’avons pas ?

Ne pouvons-nous pas nous satisfaire des montagnes de biens que nous avons déjà ? Des montagnes, autant que ça ? Et oui. Un Français au RSA reste dans les 18% des personnes les plus riches de la planète ! 3

Le gilet jaune, le manifestant scande: “Je veux…”, le syndicaliste pense “Je veux” et dit “Nous voulons…” ou encore par mystification, “les Français veulent…”, mais comme envier n’est pas obtenir, il reste le caprice.

Bébé énervé, bébé tout casser, bébé tout bloquer !

Tout parent sait que le petit enfant ayant du mal à appréhender les règles de son environnement, finit parfois par sortir d’une situation qui lui paraît désagréable par un geste d’humeur. Nous sommes donc face à des bébés énervés qui, ne comprenant pas la situation dans laquelle ils se sont eux-mêmes placés, n’arrivent à s’exprimer que par des gestes d’humeur.

Pour démontrer l’imposture de ces actions totalitaires, énonçons un principe universel:

“À toute agression la réponse doit être proportionnée.”

On entend régulièrement parler de “violence institutionnelle” pour justifier les violences commises pendant les manifestations ! Mais qu’ont fait les institutions que l’on peut considérer comme violent ?! Beaucoup répondront par des éléments de langages 4 qui servent de paravents à une violence politique libérée de toute proportionnalité.

L’autre, celui qui résiste (l’état, pendant les manifestations), sert en fait de défouloir pour l’hystérie collective. Les entraves à la circulation, les blocages, les empêchements de travailler, les dégradations de biens et enfin les actions physiques contre les forces de l’ordre, toutes justifiées par une soi-disant violence de l’état, permettent à certaines âmes perdues ayant l’impression de ne plus avoir de prise sur leur quotidien d’avoir le sentiment de reprendre le contrôle pendant quelques heures.

Aucune proportionnalité, aucun objectif, juste de l’action de défoulement pour remplir une vie creuse de sens. Tout est réduit à une interaction heurtée et imprévisible où celui qui proteste est ballotté au gré de ses instincts primaires.

Un être immature ne respectant pas les limites d’autrui, n’ayant cure des répercussions de ses actions est un sauvage. Les manifestants violents, les protestataires forçant les autres à adhérer à leur cause, sont vus par le reste de la population comme des sauvages.

La violence disproportionnée en réponse à une situation non vitale, a fortiori pour les protestations sociales, est la preuve directe de la transgression de celui qui la porte. Écraser des ses poings toute idée de respect et de dignité, y compris de soi même, fait à jamais disparaître la possibilité d’une interaction sociale normale.

Il est bien plus facile, rapide et spectaculaire de détruire, que de construire (surtout quand ce sont les biens ou la vie d’autrui!). Il est bien plus long, difficile et tortueux de recherche le consensus.

La sagesse dans la recherche du consensus

Il y a quelque chose de beau et de noble à essayer de régler les problèmes en échangeant, en parlant. En essayant de trouver une issue à un conflit au travers du verbe, c’est faire la preuve du respect de l’autre et de soi-même. Mais bloquer quelqu’un pour le forcer à écouter ne fera que l’antagoniser.

La recherche du compromis demande du courage et de l’endurance.

Le caprice rendra cette recherche impossible en braquant les deux parties. La communication ne peut de faire que si les deux font un pas. Et parfois il faudra peut-être en faire deux alors que l’autre n’en fera qu’un. Cela pour le bien de tous.

Parfois le camp d’en face ne veut pas négocier. Il faut alors, dans le respect de la proportionnalité, escalader l’échelle des moyens et s’adapter à son opposant.
Avoir un être politique refusant tout compromis est parfois frustrant. Mais c’est oublier que l’équation est pourtant en faveur de l’électeur et de la promesse de réélection. Il n’y a qu’à voir le clientélisme de nos élus à l’approche des élections.
Être confronté à un capitaliste sans foi ni loi est encore plus facile à déstabiliser par le boycott de son produit. Il existe de nombreux exemples de géants économiques ayant plié face à la baisse de leurs ventes.

Deux choses sont essentielles à l’obtention du consensus:
– L’équilibre des forces antagonistes. Une association de consommateurs face aux géants de la distribution peut très bien fonctionner.
– La professionnalisation de la réponse. Rien ne sert de vociférer face aux CRS pour espérer se faire entendre. Par contre un groupement d’avocats financé par une association de centaines de milliers de citoyens saura se faire entendre.

La réponse tient en un mot: “ensemble”. Un collectif solide, professionnel, déterminé, organisé et irréprochable, reste le meilleur moyen de se faire respecter sans violence.

Conclusion

Tout système humain est perfectible. Nous sommes tous responsables de son amélioration. Nous avons les politiques que nous méritons. À chacun de nous de d’abord de changer pour ensuite les voir suivre.

L’hystérie n’aidera en rien. Les casseurs, les émeutiers, les adeptes de la coercition, oublient une chose: pour un instant d’exaltation, ils grèvent directement leur futur et celui de leurs enfants.

Jamais rien de bien n’est sorti de la violence gratuite. À chaque coup porté, ceux qui détruisent affaiblissent un peu plus la mince frontière qui existe entre un homme et un sauvage.

Français, regarde-toi et respecte-toi.



  1. Je parle d’enfants gâtés, car statistiquement, il apparaît aujourd’hui que ce ne sont pas les défavorisés ou pauvres de France qui sont sur le terrain contestataire. Ils font en grande majorité partie de la classe moyenne (catégories socioprofessionnelles: ouvriers, artisans, employés). Proportion de participants au mouvement des « gilets jaunes » en France en février 2019 ↩︎
  2. Manifestations et occupations des voies publiques des “gilets jaunes” en 2018-2019, grèves “contre” les retraites en 2019-2020). ↩︎
  3. Comparaison mondiale des revenus. Un an au RSA équivaudrait à 7 années de salaire moyen au Zimbabwe et le salaire mensuel de 46 docteurs au Malawi. ↩︎
  4. Éléments de langages que les protestataires s’empressent de dénoncer quand ce sont ceux des hommes politiques, pour de plus belle les remplacer par les leurs ! ↩︎

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Hubert CAMPAN

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